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  • MARINE AUGER

Incertitude vs imprévisibilité

Si la notion d’imprévisibilité reflète parfaitement le monde dans lequel nous sommes contraints d’évoluer, elle a souvent tendance à être associée à la notion d’incertitude. Ce qui ne revêt pas la même chose et nécessite quelques précisions de langage qui faciliteront probablement l’ajustement de nos réflexions et par là-même de nos comportements.


L’incertitude renvoie au fait que nous ne sommes sûrs de rien alors que l’imprévisibilité renvoie à ce qui ne peut être prévu.


Ces deux notions ont en commun le fait qu’elles nous bousculent, nous angoissent, nous déstabilisent et nous effraient. Et de ce fait, nous privent de l’objectivité nécessaire pour faire face et surtout faire preuve d’intelligence. J’entends par intelligence, le fait d’être en mesure de développer notre capacité d’adaptation au lieu de laisser libre cours à « l’anxiogénité » qui a pour effet de nous tétaniser, alors qu’il nous faudrait rebondir et agir de façon adaptée.


La pandémie actuelle aussi violente soit elle, nous offre la possibilité de voir notre réalité sous un prisme différent, de nous questionner. Elle nous offre surtout la possibilité d’accepter de remettre en question l’ensemble des certitudes qui rendent aujourd’hui son caractère si brutal.


En effet, il est nécessaire d’admettre que depuis plus d’un siècle, nous avons sous-estimé les risques de l’inconnu, faisant fi de l’imprévisibilité, nous employant davantage à sécuriser autour des acquis (processus, etc.) pour éviter d’y être confrontés, persuadés qu’éviter suffirait à nous en protéger.


Dans un monde où nous avons cru que la maîtrise des connaissances, des sciences et des technologies nous octroyait le droit d’exploiter toujours plus un modèle sans le réajuster au gré des évolutions rencontrées, sans avoir à repenser nos choix et nos orientations et, plus particulièrement en faisant abnégation des conséquences qu’elles risquaient d'entraîner, nous avons progressivement oublié de nous questionner, sombrant dans une forme de stupidité fonctionnelle qui nous prive aujourd’hui de cette capacité à nous adapter.


A force de vivre dans une société normée, aliénée à la toute sainte « certification » déployée sous toutes ses formes, à laquelle se sont ajoutées des politiques technocratisées à outrance pour les imposer davantage, nous avons choisi de continuer à appliquer ce qui rassure pour éviter de nous exposer à tout risque. Pour justifier d’avoir fait en respectant les normes validées au lieu d’oser les repenser pour les adapter. Pour appliquer au lieu de nous questionner. Pour sécuriser au lieu de nous adapter, en nous éloignant toujours davantage de ce que la logique d’évidence aurait pourtant exigé que l’on fasse ; s’adapter.


Toutes ces approches nous ont progressivement désappris à nous remettre en question, nous ont mené progressivement vers une forme de banalisation de l'acquis. La crise liée à la pandémie de la Covid19 est, dans ce contexte, à percevoir comme une réelle opportunité de nous repositionner individuellement et collectivement et de réintroduire cette notion d’imprévisibilité comme l’enjeu majeur de notre capacité d’adaptation.


Si l’imprévisible ne se prévoit pas, il peut cependant s’anticiper pour nous permettre de nous adapter, pour majorer notre réactivité, notre capacité à interagir intelligemment et être capable de développer la résilience nécessaire. Parce qu’il est désormais indispensable de nous repenser, d’apprendre à nous départir de toutes ces « certitudes » dans lesquelles nous avons progressivement été « formatés » pour retrouver le sens (orientation) afin de donner du sens et de la cohérence à ce que nous faisons.


L’absence de certitude amène à imaginer une solution de rechange, nous avons davantage péché en faisant preuve de trop de certitudes ce qui nous a progressivement empêcher d’anticiper l’imprévisibilité liée à la complexité de la société que nous avons nous même créée. C’est pour cela que le terme d’incertitude ne convient pas. La crise actuelle nous démontre combien nos certitudes peuvent être dangereuses, et combien il est urgent de retrouver l’humilité qui nous permettra de nous repenser intelligemment pour constamment être en mesure de nous adapter.


L’impossibilité de prévoir oblige à anticiper une multitude de scénarios avec pour chacun d’eux une anticipation de leurs conséquences. C’est tout un apprentissage, centré sur une nouvelle philosophie que l’imprévisibilité exige. Elle nous oblige à ne plus appliquer ce qui a été pensé, défini, décidé et validé antérieurement (et trop souvent par d’autres) mais à rebondir en catalysant ce que l’homme fait de mieux : interagir collectivement. Elle nous oblige surtout à harmoniser nos décisions et nos comportements au lieu de les opposer. Là où l’incertitude justifie l’incapacité à être sûr, l’imprévisibilité oblige à mettre tout en œuvre pour être en mesure d’anticiper. S’adapter, dans un tel contexte, suppose forcément être capable de mettre à profit les forces naturelles bien présentes en chacune des personnes formant un groupe organisé à l’instar de quelconque entreprise.


Cette nouvelle philosophie doit tout autant pénétrer les organisations dans chacune de leurs strates que l’ensemble de la population, qu'elle soit jeune ou vieille, active ou non active, politique ou apolitique, etc. Elle est désormais à percevoir comme un véritable enjeu sociétal.

Manager l’imprévisibilité nécessite de se recentrer sur une question essentielle : notre raison d’être.

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